Une conséquence positive de la (fausse) pandémie de coronavirus a été l’emergence de l’Age du Courage. Partout dans le monde commencent à se développer des initiatives qui réjettent le progrès, rédecouvrent la spiritualité et préparent la société de l’après-covid.

Parmi les initiatives le plus intéressantes, ce manifeste, originairement publié en italien. Je le reporte ici, à l’usage du public francophone.

Métaphysique des briques.


La gestion perverse et suicidaire de la pandémie de Covid-19 a représenté un désastre pour l’humanité. Le processus de dégénérescence de la société ne peut être arrêté, mais doit plutôt être accompagné à sa conclusion naturelle.

Le monde post-moderne est littéralement la rotation d’une machine à laver qui tourne de façon folle et inarrêtable: l’adepte de la Brique n’essaye même pas de l’arrêter. Il ouvre le hublot et y jette une brique.

  1. La Brique n’est pas un mouvement politique. Il se caractérise plutôt comme une forme d’adhésion absolue et immédiate – sans intermédiaire – à un principe, une idée, une instance: le rejet brutal du paradigme du bobo post-pandémique.

1.1 Pour le bobo, la pandémie représente la seule façon de se sentir partie d’une épopée collective, à travers des actions qui sont à sa portée: rester à la maison ou se couvrir le visage. Le bobo choisit de ne pas vivre pour ne pas courir le risque infinitésimal de mourir, ou pour la peur (qui lui est instillée) de nuire à son prochain.

1.2 La Brique, au contraire, rejette le faux mythes des médias et du récit médiatisé, en leur opposant les seules catégories anthropologiques encore valables dans le monde post-pandémique, à savoir la vieille dichotomie esclave / homme libre. L’objectif contingent de la Brique, s’il y en a un, serait justement de réunir tous les hommes libres de ce monde.

1.2.1 Celui qui a la Brique est l’un de nous, mais nous nous prenons nos distances de celui qui a la Brique. La Brique est une association libre de personnes distantes.

1.2.2 Ironiquement, vous pouvez avoir la Brique même sans avoir littéralement la Brique, quoi que cela signifie. De même, la possession ne vaut pas le titre.

1.3 La Brique est configurée comme une doctrine spirituelle pré-politique, transcendante et anthropologique. La Brique, entre autres, est une pure réaction, pure acceptation de la défaite et, par conséquence, du retrait du monde, ainsi que de la renonce à toute ambition. Une sorte d’ascèse, à la fois triste et joyeuse. La Brique est la recherche d’un moyen de sortir des délires de la post-modernité, tout en étant une destination en soi.

1.3.1 Étant une doctrine spirituelle, la Brique n’a pas de contenu officiel ou d’idées prédefinies sur quoi que ce soit. Ses adeptes ont leur propres idées, mais celles-ci restent tout à fait personnelles et nullement imputables au mouvement dans son ensemble, dont chacun se dissocie, toujours et en tout cas.

1.3.2 En fait, la Brique n’a pas de patrie, sinon dans la Brique, et n’a pas de compatriotes à l’exception des adeptes de la Brique.

1.3.3 La Brique rejette donc toute forme de discrimination sexuelle, raciale, sexuelle, politique ou religieuse. N’importe qui peut rejoindre la Brique. Si vous avez la brique, vous êtes mon frère (quelle que soit votre relation avec le fisc).

1.3.4 La Brique déprécie donc toutes les formes de racisme.

1.3.5 La Brique rejette la violence, sans exceptions, comme méthode de lutte et de résolution des conflits politiques.

1.3.6 La Brique ne fera jamais appel aux soi-disant les droits de l’homme, qu’il ne reconnaît généralement pas. La Brique reconnaît uniquement le droit de se rendre à la banque et à la poste

1.3.6 La Brique rend à l’expéditeur toute sorte d’étiquetage idéologique: elle n’a pas d’idéologie, car elle considère des idéologies désormais dépourvues de sens concret. Dans la phénoménologie de la Brique, toutes les idéologies ne sont rien de plus que des manifestations infantiles de la Brique.

1.3.7 Les adeptes de la Brique ne sont donc pas unis par une idéologie spécifique, ni (principalement) par un style: ils sont unis par le même chemin existentiel. On rejoint la Brique par une intuition spontanée de sympàtheia, avec laquelle on reconnaît dans l’autre un compagnon, un ami ou, mieux, un frère.

1.4 La Brique est accélérationniste: par sa dialectique, elle vise à ouvrir la voie à la singularité qui conduira à l’effondrement définitif du paradigme actuel. Il ne se concentre pas sur l’avantage marginal à court terme, conscient que dans le paradigme susmentionné, il ne s’agirait que d’une victoire à la Pyrrhus. Au contraire, il poursuit activement la destruction du paradigme actuel, à la fois en créant un paradigme alternatif et en applaudissant les aspects les plus déments et autodestructeurs du paradigme actuel. L’adepte de la Brique est un spectateur amusé de l’autophagie furieuse et ultime du Léviathan: après avoir tout dévoré, il ne lui reste plus qu’à se nourrir de ses propres membres.

1.4.1 Chaque fois que Pyrgopolinice-en-chef le place (malgré lui) devant l’heure des décisions irrévocables, l’adepte de la Brique cherche la solution la plus forcée, délirante, éhontée et cochonne, de sorte qu les naïfs soient obligés de patauger dans l’abîme, avec la conviction qu’on ne peut pas combattre avec raison un ennemi qui ne connaît aucune mesure, qui affiche sans repentir sa propre honte.

1.4.2 La Constitution est une passoire qui permet toute merde au nom du «progrès», au milieu des applaudissements tonitruants de cinq générations de constitutionnalistes. Penser que cela pourrait représenter un rempart contre l’effondrement de la civilisation est naïf. Le retour à «l’esprit originaire de la Constitution» et les interprétations «originalistes» sont des perspectives irréalistes.

1.5 La Brique soutient l’idée que la Terre soit plate. Si ce n’était pas le cas, comment font les gens aux antipodes pour ne pas tomber? Quoi qu’il en soit, nous ne croyons pas réellement que la Terre soit plate – ce n’est pas ça le problème.

1.6 En tant que doctrine spirituelle, la Brique est applicable à tous les domaines de la connaissance humaine (et aussi à ce qui, transcendant la nature humaine, n’appartient pas au domaine de la connaissance).


  1. La société du spectacle, médiatisée par la télévision et les médias de propagande, a créé une réalité fictive, complétement différente de celle que nous precevons tous les jours avec nos 5 sens. (Quiconque a l’intention de nous persuader du contraire, qu’il se prépare à échouer.) Par conséquent, la Brique représente une vraie réponse à la réalité fictive mise en scène par les médias.

2.1 Elle rejette non seulement la «réalité», mais – avant-gardiste – crée une alternative, spéculaire et en même temps opposée, où les conflits, les concepts et les catégories de la propagande cessent d’avoir un sens.

2.1.1 La Brique est assise, non invitée (et les mains vides), à la même table que les médias traditionnelles. Elle joue le même jeu que les médias, tout en cachant l’idée clandestine de vérité dans sa manche.

2.1.2 Dans ce jeu médiatique – parce que c’est désormais un jeu – c’est l’histoire qui produit la réalité, afin de susciter l’adhésion aveugle du public. Dans cette dynamique, le pouvoir ne parvient pas à réprimer en lui-même la tentation de constamment tester la fidélité inconditionnelle de ses adeptes, plongeant de plus en plus le récit dans l’incohérent, l’absurde, le fou.

2.1.3 Paradoxalement, plus on est aveugle et sourd, plus on est immunisé contre la narration. À l’inverse, plus vous avez une bonne vue, plus vous êtes vulnérable au récit. La Brique a une excellente vue, mais il est aussi loin du récit que l’aveugle.

2.1.4 La Brique entend donc rendre spectaculaire la rupture de l’illusion.

2.2 Les principes traditionnels de la logique, de la science, de la philosophie, de la politique et de l’art ont été incorporés par le spectacle, et rendus déformés et insignifiants. la Brique les réhabilite avec de nouvelles pratiques de dé-spectaculisation de la réalité. La Brique, avec un mouvement impromptu et imprévisible, fait irruption sur la scène et, possédée par la fureur sacrée, prend pour elle toutes les rôle: protagoniste, comprimario et figurant. Mais c’est le seul mensonge (la brique n’existe pas), alors qu’en montant sur scène, elle ne dit que la vérité.

2.2.1 En rejetant formellement ces principes, la Brique les réhabilite et leur donne une nouvelle vie, effectuant le processus inverse de la réalité médiatisée par le spectacle, qui les accepte formellement, mais en réalité les humilie. Trivialement, en rejetant son encodage, la Brique permet de nouveaux espaces de possibilités. En fin de compte, la Brique est infinie pour elle-même.

2.2.2 La Brique n’est pas la vérité, elle ne la possède pas non plus, mais elle vise à briser le miroir qui la cache à la vue. Elle renvoie l’homme à l’idée de vérité immanente: elle est proprement anti-moderniste en ce qu’elle refuse de croire qu’il n’y a pas un état de choses. La brique affirme, comme condition nécessaire à la liberté, la faculté de l’homme de pouvoir saisir et affirmer la vérité; applaudit le désir du généreux qui y tend.

2.3 La pratique avec laquelle la Brique mène ses propres fins consiste en la sortie du débat, le rejet d’un non-débat décidé a priori et abordé par ceux qui ont accès à la scène. Dans une situation où le débat lui-même est pré-mâché par les mâchoires omnivores du spectacle, la brique refuse d’y participer, et dénonce ce débat comme une méthode d’imposition d’idées.

2.3.1. La noèse étant un principe gnoséologique supérieur à la dianoia, la Brique entend retrouver l’intuition comme outil cognitif essentiel de la pensée logique, d’autant plus dans une époque où la pensée scientifique est systématiquement distorte et l’adultérée par les maîtres de la parole.


  1. Notre siècle s’excuse en revendiquant la science et la technologie comme principes normatifs neutres et infaillibles de ses actions: la Brique, le nouveau Prométhée, entend démasquer cette affirmation, indiquant la volonté comme moteur ultime de toute action humaine.

3.1 Le domaine de la technologie suppose que la gestion de la vie et le règlement des conflits soient des problèmes scientifiques, rationnels et objectifs. En niant leur nature purement politique, le pouvoir utilise les experts et le soi-disant consensus scientifique pour dissimuler sa domination et déguiser sa nature tyrannique.

3.2 Le chemin existentiel à la base de la Brique est constitué par le rejet du principe d’autorité et du récit qui en derive. La Brique soutient qu’aucune vérité ne peut être tirée du traitement des données statistiques. Il préfère plutôt la divination, car celle-ci, tout en étant substantiellement identique à la statistique, est un art bien plus ancien et bien plus vénérable. Bien sûr, la Brique ne croit ni l’une ni l’autre, mais ce n’est pas le problème.

3.3 Le pouvoir consiste à pouvoir établir des relations causales – ou affirmer leur absence – ex auctoritate. Une prérogative aussi cruciale ne peut être abandonnée à un «débat scientifique libre» aux résultats imprévisibles, mais est invoquée par le pouvoir qui, en l’utilisant à sa guise, met en scène une pseudo-liberté, un pseudo-débat, une pseudoscience.

3.3.1 La science sert à la fois de notaire et de propagandiste du pouvoir. Il a abandonné la méthode scientifique pour devenir un culte bureaucratique.

3.3.2 A la soi-disant «vérité scientifique», nous opposons l’intuition, la conjecture, l’esprit, car ces derniers sont étrangèrs à la branche du spectacle.

3.3.3 Les sources sont corrompues à la source. Cela signifie que la Brique ne poursuit pas une conception dans laquelle l’agora, la sphère publique, est occupée par des individus qui doivent essentiellement être des «auto-journalistes». En plus d’être utopique et irréaliste, cette solution ne ferait que contribuer à dissimuler davantage la domination des «maîtres de la parole» actuels, contribuant à la préservation de leur joug.

3.3.4 Aucune réalité n’est réelle si elle n’est pas incarnée et donc directement vécue. La vie est la vérité, la vérité est la vie.

3.3.5 Seuls les faits sacrés peuvent se vanter – non abusivement – de l’attribut de vérité: ils ne sont pas seulement non prouvés comme dignes de foi, mais dignes de foi en tant que non prouvés. Seul un fait dont l’attribut a priori de vérité manque a priori peut nécessiter une démonstration. Prouvez le contraire.

3.3.6 La Brique poursuit la désintermédiation totale des relations humaines et médiatiques, qui pour être possible doit être totale et radicale.

3.4 Les adeptes de la Brique acceptent les jurons, les insultes et en général toute manifestation civile ou incivile de dissidence entre membres de la société, comme un authentique moyen dialectique de former le moi pensant, par opposition au surmoi du bobo qui met en scène des non-pensées précuites, prémachées et préemballées.

3.4.1 La Brique n’est pas vulnérable aux renversements de fortune et aux provocations des traîtres. Il ne sera pas dérangé par le mépris du monde, car il sait que le chemin de l’ascèse est périlleux et plein d’obstacles.

3.5 Avec l’effondrement des idéologies et de la société collective de masse en général, dans le monde post-pandémique 5.0, il n’y a plus de corps intermédiaire entre le soi et l’autre, pas même sa propre chair. La Brique souhaite reconnecter cette intermédiation à travers la «toile», en subvertissant les anciennes catégories mythiques.

3.6 La Brique considère donc la Toile comme le terreau le plus fertile pour la naissance d’un nouvel être, de nouvelles constructions sociales, anthropologiques, ontologiques, jusqu’alors impossibles car bloquées par les intermédiaires des structures de pouvoir. Malgré tout, le Web reste le non-lieu le plus libre du monde. Par conséquent, la Brique n’a pas l’intention de numériser la réalité, mais de la rendre numérique.

3.6.1 La Brique utilise les catégories de la culture pop et le lexique emprunté au langage urbain pour rendre ces catégories explicites et manifestes.

3.6.2 Les moyens expressifs par lesquels la Brique transforme et renverse les catégories existantes sont la post-ironie, le shitposting et MeMe, une forme d’art pure et libre, donc du peuple.


  1. Le shitposting et la post-ironie à plusieurs niveaux rendent la réalité et la fiction, la fiction et la réalité indiscernables aux yeux des non-adeptes – ou «normie» -, sapant le spectacle dans ses fondements. Ces moyens visent donc la construction d’un nouveau langage mythique, désormais explicite, désormais allusif, et relie donc la brique (et son propriétaire) au langage du divin et de la vérité.

4.1

4.2 La réalité imite le Meme. Le Meme écrit donc la réalité.

4.2.1 La faillite intellectuelle de la science moderne est attestée, entre autres, par le défaut d’énoncer le point 4.2 en tant que loi naturelle.

4.3 L’adepte de la Brique est le héros moderne capable de jeter son regard au-delà du mensonge du spectacle et de crier la vérité au monde. Il peut le faire parce qu’il est beau, et il est beau parce qu’il est capable de le faire: la gnoséologie des Briques est fondée sur la kalokagathìa.

4.3.1 Si le bobo, privé du beau et du sacré, ne peut avoir d’autre horizon axiologique et spirituel que dans le télétravail, dans le virtuel et dans la consommation, l’adepte de la Brique aspire à être pleinement réuni avec chacune de ses facultés manuelles, intellectuel et spirituel.

4.4 L’adepte de la Brique est en effet une singularité infinitésimale d’un essaim d’intelligence, symbolisé par la Brique.

4.4.1 La Brique rejette le crépuscularisme et le refuge tranquille dans une réalité mythique fictive. La Brique est le défi vitaliste à la réalité post-pandémique.

4.5 Le cercle n’existe pas, mais s’il existait, sa superficie serait d’environ les trois quarts de celle du carré qui lui est circonscrit.

4.6 King Kong > Godzilla


  1. Puisque la modernité est l’enterrement interminable et omniprésent du monde, ce n’est que des cendres de sa raison affaiblie que la vie peut renaître.

Celle-ci est littéralement notre idéologie.